HISTOIRE et MÉMOIRE

de L'HABITATION ANSE LATOUCHE

L'Habitation Anse Latouche fondée en 1643 appartenait, dit-on à Guillaume d'Orange et est sans doute l'une des plus anciennes de l'île. Guillaume d'Orange donna sa fille en mariage à François Samuel de la TOUCHE qui donna son nom à l'habitation, à l'anse... Nichée au fond d'une vallée, toutes les conditions étaient réunies pour assurer au domaine sa prospérité: rivières, vallées, terre volcanique, côte sous le vent... Cependant c'est à la fin du XVIIème siècle que Sieur Banchereau devient le nouveau propriétaire; il rachète 300 hectares à plusieurs petits propriétaires qui feront du domaine l'un des plus grands de l'île. On dira de lui: "Banchereau, commerçant peu recommandable !!!"

Pendant plus de deux siècles et demi, de nombreuses activités économiques s'y développeront: sucrerie, distillerie, indigoterie, manioquerie, culture du cacao et du tabac, il y avait également une forge et une poterie. Ces cultures rendront l'habitation très florissante. Elle fut un modèle pour toutes les autres habitations de l'île.

La résidence principale et les installations étaient situées au fond de la vallée. Ces dernières étaient baignées par les eaux de la rivière de l'anse Latouche, qui actionnaient le moulin à sucre alors que les terres cultivées se trouvaient sur les hauteurs environnantes. …

En 1717, suite à la crise sucrière et au soulèvement des colons, l'habitation fut une des étapes du " Gaoulé du Diamant ", où furent emmenés manu militari le gouverneur et l'intendant.

Le 8 mai 1902, l’habitation fut détruite par l'éruption de la montagne pelée qui anéantit la ville de Saint Pierre. La limite des destructions est en effet le tunnel situé à la fin du CARBET et à l'entrée de Saint-Pierre.

Après un sommeil centenaire, l'Habitation Anse Latouche a été réhabilitée par Jean-Philippe THOZE,  cette habitation donne le spectacle de la mise en valeur de ses ruines dans un merveilleux écrin de verdure et de couleurs grâce au  magnifique jardin thématique qu'il a imaginé, dessiné et finalement créé. Le site a enchanté les amateurs de beaux jardins. Rien de comparable avec celui de Balata qu'il a déjà créé sur la propriété de sa grand-mère, c'est tout à fait différent, le climat étant plus chaud, plus sec, les plantes sont différentes. Les amateurs de cactées ont été comblés, mais il y a également une place qui a été laissée aux nénuphars, aux palmiers, rameaux, plantes de toutes sortes...

La visite vous plonge dans l'histoire et vous pouvez retrouver la vie d'une habitation du XVIIème siècle, la maison de maître, le bassin ornemental les écuries, le barrage et son aqueduc, l'ancienne distillerie, les mécanismes des moulins, l'indigoterie, la manioquerie, la forge, les coulisses à canne, la rue Cases Nègres et son hôpital, etc...

La visite se fait à l'aide d'un plan permettant de repérer les différentes parties de la vallée. Le visiteur partait de la maison de maître et remontait lentement la vallée jusqu'au barrage (ou digue) en serpentant dans les différentes zones plantées, fleuries. La vue s'élève de chaque côté de la vallée sur les mornes eux-mêmes plantés, fleuris jusqu'à une hauteur impressionnante. Il est possible de traverser la rivière en marchant sur de grosses pierres pour monter vers les ruines de l'ancien hôpital qui se trouvait sur la commune de Saint-Pierre. La rivière sépare en effet la commune du Carbet où se trouve l'habitation de la commune de Saint-Pierre. Les ruines d'un ancien pont de pierres sont encore bien visibles au dessus de la distillerie, ce pont permettait aux anciens esclaves de rejoindre leurs cases de l'autre côté de la rivière.

Le spectacle est magnifique surtout le matin et en fin d'après-midi, lorsque la lumière est rasante.

La maison de maître: Elle existait déjà sur le plan datant de 1720. De style colonial, elle était construite sur 2 niveaux. Le toit était recouvert de tuiles en écailles: le carrelage au sol, la trace des galeries protectrices, les briques rouges (dont certaines provenaient de l'entreprise "CINQ-MARS" en Indre et Loire), les détails des ouvertures, indiquent ici la belle "grande case" qu'a dû être cette maison du patrimoine architectural martiniquais. Elle était très aérée et lumineuse.

Le bassin ornemental: Au centre du jardin à la Française, un jet d'eau porte en son centre, la date de 1743.

La rue "Cases-Nègres":  C'était le quartier des esclaves. Vingt quatre cases de travailleurs étaient réparties en désordre de l'autre côté de la rivière, à flanc de morne (colline). Elle est située sur le territoire de la commune de Saint-Pierre. On distingue très nettement les ruines de l'ancien hôpital.

L'indigoterie: A l'habitation Anse Latouche, elle est composée de 3 cuves en forme d'escalier. La plus grande appelée "Pourriture" ou "Trempoir" servait à la fermentation des feuilles et des écorces de la plante indigo. La moyenne porte le nom de "Batterie" et servait à récupérer les eaux de la première après fermentation. La troisième, le "Diablotin" ou "Reposoir" permettait la récupération de la fécule bleue. Après égouttage, l'indigo était mis à sécher. Il était utilisé pour teindre les vêtements.

La manioquerie: C'était le lieu où était traité le manioc. Pour être consommé, le tubercule subit une série de transformations. Il doit être lavé puis pelé. Il est réduit en bouillie grâce à une râpe (ou grage). Puis, on obtient une pulpe qu'il faut absolument presser afin d'en extraire le suc toxique. Cette pulpe est mise à sécher sur des platines, chauffée par des foyers (disposés en carré à l'Anse Latouche). On obtient ainsi une farine blanche et fine. C'était l'aliment de base des esclaves. Elle est toujours utilisée dans la cuisine antillaise.

Mécanismes des moulins: La sucrerie a fonctionné du XVIIème au XXème siècle. Elle était équipée d'un moulin à eau, avec une roue à aube de grande taille. Les origines très diverses de l'équipement industriel, témoignent des transformations successives qui ont eu lieu sur ce site. Une distillerie est installée à la fin du XIXème siècle avec sa machine à vapeur. La machine à vapeur vient en complément du moulin hydraulique, d'où l'existence de la cheminée de type industrielle. Les mécanismes du premier moulin à eau  actionné par la grande roue ont été fabriqués en Angleterre par l'entreprise FLETCHER Ingineers (London&Derby). La machine à vapeur installée à la fin du XIXème siècle était composée d'éléments industriels provenant de l'entreprise J.J. GILAN de Saint-Ouen (France).

La coulisse à canne: A proximité immédiate de la distillerie, on peut voir les anciens piliers de la coulisse, sorte de toboggan qui permettait de faire glisser les cannes, cultivées sur les hauteurs des mornes (collines), directement aux moulins...

La digue et l'aqueduc: La digue (ou barrage) de style "Vauban" porte la date de 1716. Construite en amont de la sucrerie en travers du lit de la rivière de l'anse Latouche, elle assurait la retenue d'eau indispensable au fonctionnement de la sucrerie et à la vie de l'habitation. L'eau retenue par le barrage, est conduite par l'intermédiaire de l'aqueduc jusqu'à la grande roue hydraulique actionnant les premiers moulins (ou rolls).


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