La Chorale " JOIE DE CHANTER " a été fondée en Février 1954 par Mademoiselle Paulette NARDAL.


"Félix Jeanne Paule" NARDAL est née au François (1)  (Martinique) le 12 Octobre 1896 et est décédée le 16 Février 1985 à l'âge de 89 ans.

 

Ses parents sont Paul NARDAL, premier ingénieur noir qui devint directeur des « Ponts et Chaussées », ancêtres des « Travaux Publics » transformés par la suite en Direction de l’Équipement (Il a construit le pont de l'Alma)  et Louise Marceline Mérope ACHILLE


Pendant toute son enfance et son adolescence, elle baigne, avec ses six sœurs dont elle est l'aînée, dans une atmosphère éclairée par la foi et la beauté intérieure, et surtout l'atmosphère musicale, grâce à son père, flûtiste et sa mère,  organiste.

Après des études classiques à Fort de France , elle part en France pour obtenir un diplôme d'Études Supérieures de Langues. Arrivée dans la capitale en 1920, Paulette reçoit chez elle, à Clamart, pour qu’il se rencontrent, et pour les aider, de nombreux jeunes gens de la diaspora africaine et antillaise dont René Maran, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Jean Price Mars, Claude Mc Kay ou Langston Hughes.

Elle fréquente le Bal Nègre de la rue Blomet et, à Pigalle, le cabaret d’Eugène Bullard Le Grand duc (où Langston Hugues est employé).

Inspiratrice du mouvement littéraire afro-français de la négritude, elle fonde La Revue du monde noir. Elle est l'une des premières étudiantes noires à être inscrites à la Sorbonne. A cette époque, elle fonde la "Revue du Monde Noir" avec Félix ÉBOUÉ.

 

  Quelques années plus tard, elle est Conférencière Internationale, fut notamment l’assistante parlementaire du député de la Martinique Joseph Lagrosillière, et du député du Sénégal Galandou Diouf.

 

  Se sentant proche de l’Afrique et des Africains, Paulette se rend au Sénégal en 1937 sur invitation de son ami Senghor et s’engage politiquement contre l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie en 1938.

 

 L’année suivante, alors qu’elle rentre de Martinique en bateau, son navire est coulé par un sous-marin allemand. Paulette parvient à se sauver en se jetant dans un canot de sauvetage, mais se fracture les deux rotules dans la chute ; elle en restera infirme à vie. Dès sa sortie de l’hôpital anglais où elle est soignée, elle retourne vivre en Martinique où elle donne clandestinement des cours d’anglais à des jeunes désireux de rejoindre Charles de Gaulle à Londres.

Les graves infirmités qui découlent de ce naufrage ne l’empêcheront pas de militer, à travers son Rassemblement féminin ou sa revue "La femme dans la cité", pour l’entrée des femmes, notamment antillaises, en politique, et pour l’obtention du droit de vote, une demande qui ne devait aboutir qu’en 1946.

Après la guerre, elle travaille au Secrétariat de I'ONU aux États-Unis,  elle a donc séjourné quelques temps à New York en 1945.

 Elle collabore alors aux journaux : "La Paix" et "L'Information" et en 1945 elle fonde

 "Le Rassemblement Féminin" affilié à l' Union Féminine Civile et Sociale" dont le rôle était de permettre aux femmes de couleur qui venaient d'accéder au droit de vote, de se préparer à leur rôle civique et social.

C'est le "Rassemblement Féminin " qui inaugure le 23 Mai 1948 la Fête des Mères à la Martinique et lance le concours de la plus jolie biguine qui deviendra plus tard... Concours de la Chanson Créole.
Pour compléter cette action culturelle, Paulette NARDAL décide de créer une oeuvre personnelle exaltant l'expression de la fierté noire.
C'est ainsi qu'elle rassemble quelques quinze jeunes gens et jeunes filles et fonde la Chorale de la J.E.C. (Jeunesse Étudiante Chrétienne) qui donne son premier récital le 3 Février 1954.

 

      Cette jeune Chorale de la J.E.C. deviendra ensuite la "Chorale de Mlle Paulette NARDAL"   et enfin la "Chorale JOIE DE CHANTER ".

 

Les 12 et 13 octobre 2001, un hommage a été rendu à Paulette NARDAL et Sam DAVIS dans le cadre de "CRESCENDO" à l'ATRIUM de Fort-de-France.

 

La nièce de Paulette Nardal, Christiane Eda-Pierre, est une artiste lyrique de renommée mondiale.

 

(1) Paulette NARDAL est bien née au François et non à Saint-Pierre contrairement à ce qui est écrit dans  de nombreuses biographies erronées qui lui sont fort logiquement consacrées sur le Web ... (Acte de naissance n° 464 - rédigé le 12 novembre 1896 auprès de la mairie du François - Martinique)

 

Voir Hommage à Paulette NARDAL par Daniel COMPÈRE, membre de la Chorale

Voir Hommage à Paulette NARDAL par Roland SUVELOR en 1986

 

Voir aussi Paulette NARDAL - "Une autre histoire"       Voir aussi "Présence Africaine"

 

Paulette NARDAL au Panthéon ?     Paulette NARDAL au Panthéon !

 

  Femmes en Négritude : Paulette Nardal et Suzanne Césaire

 

Voir autre biographie de Paulette NARDAL

 

  Projet Paulette NARDAL à CLAMART

      For english spoken people >>>  "Paulette NARDAL, une femme évoluée"

 

 

                                         

Hommage à Paulette NARDAL   par Roland SUVELOR - 1986 

Les journalistes - ces "historiens de l'instant" - relèvent davantage la trace de ceux qui - à des moments-clé -  incarnent au mieux les exigences de "l'Esprit du monde". Ils oublient que si l'avancée des choses se résout souvent par des ruptures, par des mutations brusques, celles-ci ne peuvent apparaître que ne se soient mises en place (avant l'éclat soudain), et lentement suscitées, les conditions mêmes de l'éclat. Paulette NARDAL restera, dans l'histoire réelle, profonde, de la Martinique, parce qu'elle fut de ceux qui accomplirent leur part éminente de travail; et ici, au delà de ce que lui assignait sa naissance: naître fille, en 1896, et dans la moyenne bourgeoisie noire, c'était se voir promise au seul destin "naturel" d'être femme: être surnuméraire au mieux capable de sublimer le sort qui lui était prescrit.

D'autres s'y sont brisées; elle non.

Sa chance fut de naître d'une famille exemplaire, et d'être entourée de gens du plus haut mérite: ses parents, son oncle maternel, Louis ACHILLE; ses sœurs enfin puis ses beaux frères. Ensemble, l'un relayant l'autre, ils conçurent une idée simple, alors presque nouvelle, aujourd'hui presque banale, à savoir que leur race, mal traitée par l'Histoire et la géographie, n'était nullement vouée à figurer comme le croyaient de grands esprits d'Europe "dans la couleur noire de la nuit".

Révéler -quasiment- aux Martiniquais qu'il existait une culture noire vivante, que représentaient par exemple les négro-spirituals, le jazz, les écrivains, cela était déjà considérable. Et puisque nous parlons en musique, ce disque qui lui est dédié, montre assez ce qui alors fut fait.

Créer à Paris, il y a plus d'un demi-siècle - Paris lieu de rencontre obligé des jeunes intellectuels noirs - la "Revue du Monde Noir"; reconnaître ainsi le gué par lequel allaient passer "Légitime Défense", "L'Etudiant Noir", et puis "Tropiques" et "Présence Africaine" et ... c'était faire belle œuvre et mériter par avance le titre de "marraine de la négritude" que lui a décerné ZOBEL.

Et certes, les positions qu'avançait alors la Revue peuvent nous paraître aujourd'hui timides, ou dépassées. Mais il est temps pour nous augures de comprendre que tout écrit doit être compris par rapport aux conditions objectives de son moment, jugé par rapport à l'avenir qu'il prépare et non selon sa concordance ou non-concordance, avec nos conceptions d'aujourd'hui. Au reste, en l'occurrence, le pouvoir d'alors ne s'y trompa nullement qui mit tout en œuvre pour que la Revue disparût.

Et l'hommage ici rendu à Paulette NARDAL serait incomplet si on n'y ajoutait pas ceci: elle sut, avec une admirable prescience, ne pas confondre la recherche d'identité avec le repliement rageur sur soi; et donc comprendre que si l'arbre pour vivre a besoin d'être enté sur des racines profondes, il ne saurait porter l'épanouissement des fruits et des fleurs s'il s'oblige à demeurer racines. 

            Roland SUVELOR  (Texte rédigé en 1986, lors de la sortie du 3ème disque 33 tours)

 


Retour HAUT Page