Bienvenue sur le blog de Marc DANIEL, instituteur à la retraite


"Vieillir, c'est se retirer progressivement du monde des apparences"     (GOETHE)


Quelques réflexions sur les expériences vécues au cours de ma vie - Quelques citations ayant retenu mon attention - Quelques livres que je juge dignes d'intérêt - Tout ceci n'ayant qu'une valeur très subjective, je tiens à le préciser car je n'ai de conseil à donner à personne, chacun ayant son propre chemin à suivre ...


Éducation et pédagogie  

   Au cours de ma carrière, bien que je sois devenu effectivement « un professeur des écoles », j'ai toujours  préféré le mot « instituteur », celui qui met l’enfant debout,  à ce terme générique et peu signifiant  de « professeur des écoles ».

Lorsque j'étais écolier à l'école primaire de garçons de Sainte-Foy-lès-Lyon (Centre), la seule école publique de la commune dans les années 50, (Il y a aujourd'hui 7 écoles élémentaires sans compter les maternelles...) j'eus 3 instituteurs fantastiques: Mademoiselle GRANGER qui enseignait au CP puis au CE1, Madame GAILLARD, épouse du directeur qui enseignait au CE2 puis au CM1 et enfin Monsieur GAILLARD, le directeur de l'école, un rude "gaillard" qui enseignait simultanément au CM2, en Fin d'études (1ère année) et en Fin d'études (2ème année). Il semblait dur et intransigeant mais en réalité c'était un maître d'école génial et sensible. A cette époque, nous n'étions que 2 élèves de CM2 à passer le concours d'entrée en 6ème (et oui...) et il nous a emmenés à Lyon lui-même dans sa magnifique Peugeot 203 flambant neuve, passer les épreuves puis nous a ramenés chez nos parents. Ensuite, il a attendu encore plus fébrilement que nous les résultats du concours... Cet homme et les 2 institutrices de cette école "ancien modèle" ont fortement contribué à ma vocation... Pas de projets d'école, pas de cycles bidons, les bons vieux programmes: lire, écrire et compter ... Et les gars qui restaient jusqu'au certificat d'études, ils avaient un niveau que leur envieraient bien des lycéens actuels... Sans commentaire ...

Les jeudis après-midi, le Patronage Laïque de Sainte-Foy-lès-Lyon assurait l'animation culturelle des enfants de l'école du centre. René ZEIZIG, qui nous a quittés le samedi 3 avril 2004, était le président du P.L.S.F. et il était aussi le "Monsieur Cinéma" des enfants de Sainte-Foy en projetant des films pour nous inédits sur un projecteur 16 mm dans la salle des fêtes (Personne n'avait la télé à l'époque...). Des sorties, des activités manuelles et artistiques alternaient avec les projections de films. Le P.L.S.F. organisait bien sûr la traditionnelle fête scolaire de fin d'année avec la participation des enseignants et des élèves. Je dois à René ZEIZIG la prise de conscience du concept de laïcité très tôt, il a suscité ma vocation, il a été en quelque sorte mon "père spirituel" . Je tiens à lui rendre ici hommage pour son travail, sa patience, sa gentillesse, sa disponibilité, sa bonhomie et sa conception d'un idéal laïque et tolérant que j'ai assimilé et à mon tour essayé de propager autour de moi...  Avec lui, nous avons oeuvré pour que l'école de Grange-Bruyère dont Paul FABRE avait été le directeur "fondateur" prenne son nom en février 1983. (Voir articles sur Paul FABRE)

 


Les meilleurs pédagogues ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Ainsi, même si j'ai eu, au cours de mes études de bons instituteurs et par la suite de bons professeurs (pas tous, certes mais beaucoup tout de même...), celui qui m'a le plus appris était un vieux paysan d'Auvergne qui avait "fait"  la guerre de 14-18 à Salonique, en Yougoslavie. Il était resté plus de 7 ans sous les drapeaux pour avoir fait son service militaire avant la guerre. De l'âge de 10 ans jusqu'à ce que je passe mon bac, j'allais en Haute-Loire tous les étés, entre Le Puy et La Chaise-Dieu, au pays de Gaspard des Montagnes, garder les vaches puis faire les foins, les moissons, abattre des arbres à la hache, labourer des champs à la charrue Brabant tirée par une paire de vaches charolaises... Un jour, alors qu'il m'avait laissé seul (En fait, il devait m'observer de loin...) labourer un petit champ pour la première fois, il est venu, le travail fini me féliciter des sillons bien parallèles et réguliers... Pour moi, ces félicitations venant de ce vieil homme un peu bourru, mais au grand cœur, valaient bien davantage  que le bac que j'eus quelques années plus tard. Cela a toujours surpassé tous les diplômes dans mon palmarès personnel... A moi, le fils d'ouvrier, lyonnais de la ville, second d'une famille de huit enfants, il m'avait appris la nature, la campagne, les travaux des champs, les noms des arbres, la patience des lentes germinations, le travail bien fait et  sa femme m'emmena dans les bois reconnaître et ramasser les champignons: chanterelles, bolets, cèpes de Bordeaux, pieds de mouton, trompettes et à Pâques, les gyromitres ou fausses morilles sans oublier les cueillettes de myrtilles au "peigne" et des fraises des bois ou framboises sauvages... Ces grands-parents d'adoption ont été pour moi de vrais pédagogues et je n'ai jamais oublié tout ce qu'ils m'ont appris... Depuis lors, j'ai partiellement  retrouvé cette ambiance dans la lecture de certains livres dont je faisais en quelque sorte une synthèse bien personnelle: L'enfant (Jules Vallès); La charrette bleue (René Barjavel); La billebaude (Henri Vincenot), Le cheval d'orgueil (Pierre-Jakez Helias); la trilogie de Pan (Colline - Un de Beaumugnes - Regain  Jean GIONO) ; Que ma joie demeure (du même Jean GIONO) et même L'épervier de Maheux (Jean Carrière) sans compter le bon vieux Gaspard des Montagnes (Henri POURRAT)


« Les maîtres d'école sont des jardiniers en intelligences humaines. »  Victor HUGO    (Faits et croyances)

"Si l'élève s'ennuie, c'est que le maître ne l'intéresse pas..."       Alain     (Propos sur l'éducation)

« Tu ne m'apprends rien si tu ne m'apprends à faire quelque chose. »     Paul VALÉRY  (Cahiers I)

"L'homme ne peut devenir homme que par l'éducation. Il n'est que ce que l'éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l'homme n'est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. (...) Ordinairement, les parents élèvent leurs enfants seulement en vue de les adapter au monde actuel, si corrompu soit-il . Ils devraient bien plutôt leur donner une éducation meilleure, afin qu'un meilleur état pût en sortir dans l'avenir. Toutefois deux obstacles se présentent ici: 1°) Ordinairement les parents ne se  soucient que d'une chose: que leurs enfants réussissent bien dans le monde 2°) Les princes ne considèrent leurs sujets que comme des instruments pour leurs desseins. (...) Mais de qui faut-il attendre un meilleur état du monde ? Est-ce des princes ou des sujets ? Emmanuel KANT, Réflexions sur l'Education (1776 - 1782)

"L'autorité du maître, c'est avant tout celle du savoir. Si on l'oublie, l'école devient un no man's land situé quelque part entre la nursery, la maison de redressement et l'asile d'aliénés..."   Jacques JUILLARD  (Nouvel Observateur du 24 avril 2003)

(Jacques JUILLARD a quitté le Nouvel Observateur en janvier 2011 pour rejoindre l'hebdomadaire Marianne)

"... dans les études c'était impossible parce que nous n'avions pas les moyens. Nous nous sommes arrêtés au certificat d'études primaires, qui était d'un excellent niveau à l'époque." Charles AZNAVOUR  (TéléCinéObs du 18 octobre 2003)


J'ai retiré délibérément de cette page, tous les coups de coeur que j'ai pu avoir ces dernières années pour des ouvrages plus ou moins polémiques  concernant l'école, la pédagogie ...  Avec un certain recul, je pense que ces diatribes sont contre-productives  ...   Cela ne veut pas dire que j'ai changé d'avis sur le jugement que je porte sur les orientations prises ces dernières années par ce qu'est devenue l'Education Nationale mais je pense que le mal étant fait à un degré que j'estime irréversible sinon irrémédiable, il n'est pas utile d'en rajouter...

L'école d'aujourd'hui n'a déjà plus rien à voir avec celle que j'ai connue et l'école de demain est à réinventer...  A d'autres que moi de s'en occuper...

Vous retrouverez toutefois mes anciens coups de cœur dans la partie chronologique de mes messages ...


Histoire de France et d'ailleurs:

Les manuels scolaires même très bien faits ne permettront pas ou rarement aux élèves de ressentir l'émotion des oeuvres à la fois littéraires et historiques, émotion qui conduira les lecteurs à poursuivre la lecture d'autres oeuvres pour étancher leur soif de culture et de découverte...

Je cite par exemple:

Histoire d'un paysan (1788 à 1803) d'Émile ERCKMANN et Alexandre CHATRIAN ("Erckmann-Chatrian")

Quatre vingt Treize (1793) de Victor HUGO 

Histoire d'un conscrit de 1813 d'Émile ERCKMANN et Alexandre CHATRIAN ("Erckmann-Chatrian")

Le blocus (1814)  d'Émile ERCKMANN et Alexandre CHATRIAN ("Erckmann-Chatrian")

Waterloo (1815) d'Émile ERCKMANN et Alexandre CHATRIAN ("Erckmann-Chatrian")

(Émile ERCKMANN et Alexandre CHATRIAN sont considérés comme de véritables historiens, leurs romans sont de véritables livres d'histoire, l'histoire du peuple... la vraie ...)

La guerre et la paix - Tomes I et II  de Léon TOLSTOÏ  (Je vous préviens, ils sont tout sauf guère épais ...)

Les Eparges (1914-1918) roman autobiographique de Maurice GENEVOIX

 Maurice GENEVOIX, lieutenant dans le 106ème régiment d'infanterie est lui-même grièvement blessé de 3 balles allemandes le 25 avril 1915 sur la colline des Éparges.  

"Les Éparges est un lieu de bois, de collines et de ruisseaux dans la Meuse près de Verdun. Les combats de la Guerre de 1914-18 y furent effroyables et vains : la ligne de front ne bougea quasiment pas pendant quatre ans." (Maurice Genevoix)

Suite française (1914-1918) roman historique en 2 parties: Tempête en juin - Dolce  d'Irène NÉMIROVSKY

Ce roman autobiographique relate d'une façon troublante l'ambiance sulfureuse et les évènements des années 1939 - 1940 - 1941 avec une acuité impressionnante. Malheureusement pour elle comme pour nous, elle n'aura pas le temps de le terminer. Le roman devait comporter 4 parties. Irène NÉMIROSKY sera arrêtée par la gendarmerie française le 13 juillet 1942 et mourra à Auschwitz le 17 août 1942. Son livre sera sauvé par ses filles et a été publié en 2004 ...


J'avais l'habitude, avant "d'attaquer" la Révolution Française, de montrer à mes élèves une excellente vidéo (téléfilm) de Maurice FAILEVIC "1788" qui était une magnifique description des conditions de vie du monde paysan avant, pendant et après 1789 ...  (LIEN vers site)


Laïcité et religions:

 J'ai toujours été très attaché à travailler dans le secteur public. Pour moi, faire vivre ensemble des enfants de toutes origines sociales, ethniques, religieuses était un challenge permanent mais passionnant même si cela n'était pas facile tous les jours. Je crois y être parvenu pendant mon temps d'activité alors que j'assiste ces dernières années, à des dérives inquiétantes dans certains établissements scolaires. Je pense qu'il faut préserver cette qualité de notre école laïque. J'ai toujours associé le concept de laïcité avec une notion de tolérance envers les diverses religions pratiquées par les élèves. La tolérance ne doit pas conduire à des dérives, la discrétion doit rester de mise pour chaque communauté.  J'ai toujours été opposé par exemple au port du foulard islamique dans un établissement scolaire public.

De formation chrétienne moi-même, je suis attaché au patrimoine de mon pays, aux magnifiques cathédrales que nous ont laissé nos prédécesseurs. J'aime entendre le son des cloches même si je ne suis plus pratiquant, je visite chapelles, églises et cathédrales avec passion de la même façon que je visite des mosquées au Caire ou à Istambul ...

J'ai un profond respect pour les communautés religieuses, pour les croyants et pratiquants sincères et dévoués et j'en ai croisé beaucoup, dans ma carrière qui avaient beaucoup de mérite. Par contre, je hais les intégristes de tous poils, gourous, bigotes et maîtres à penser, en tous pays et à toutes époques...

Lorsque j'étais plus jeune, j'ai encadré des colonies de vacances en tant que moniteur puis plus tard directeur adjoint. Une année, alors que j'étais moniteur dans une colonie paroissiale, le directeur était un père jésuite particulièrement intolérant et sectaire, il ne pouvait supporter l'idée que j'étais déjà, à l'époque, instituteur public, pour lui, j'étais le diable. Je crois qu'il a fortement contribué à ma vocation dans l'enseignement laïque... J'ai travaillé également avec des prêtres très ouverts et qui sont devenus des amis (mais depuis, ils ont quitté les ordres pour cause de mariage...).

Mon maître à penser en matière religieuse est Georges BRASSENS: "Mourir pour des idées, d'accord, oui mais lesquelles ? d'accord mais de mort lente... "

Pour conclure, je pense que la "morale laïque" enseignée dans nos écoles n'est pas très éloignée de la morale chrétienne. Après tout, même les révolutionnaires de 1789 avaient senti la nécessité d'honorer "l'être suprême" en composant chants et hymnes...


Le temps qui passe...

« La vie est courte, si elle ne mérite ce nom que lorsqu'elle est agréable, puisque si l'on cousait ensemble toutes les heures que l'on passe avec ce qui plaît, l'on ferait à peine d'un grand nombre d'années une vie de quelques mois. »

« Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre un meilleur usage. »

« Les enfants n'ont ni passé ni avenir, et ce qui ne nous arrive guère, ils jouissent du présent. »

Jean de LA BRUYÈRE   ( Les Caractères )

« Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous. »
       Charles BAUDELAIRE    (Le Spleen de Paris)

« Je ne m'inquiète jamais de l'avenir. Il arrive bien assez tôt. »      Albert EINSTEIN   (Pensées intimes)


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